Lors du Mobile World Congress de Barcelone, Back Market et Google ont annoncé un partenariat inédit visant à prolonger la durée de vie d’anciens appareils. Thomas Hobbs s’est entretenu avec des experts pour mieux comprendre les enjeux de ce partenariat.
« Le fait que ce soit Google qui nous ait contactés marque un véritable tournant », explique Joy Howard, directrice marketing de Back Market, avec un sourire. « Cela prouve que les géants de la tech ont pris conscience du problème des déchets électroniques et de l'impact négatif que certains choix de développement logiciel peuvent avoir sur l'obsolescence des appareils. Nous assistons à un événement historique. »
Joy s'exprimait en coulisses lors de la soirée alternative de Back Market au Mobile World Congress de Barcelone, un rendez-vous incontournable du secteur, qui célèbre la surconsommation de la Fast Tech et sa course effrénée aux nouveaux modèles. Pourtant, grâce au rapprochement entre Back Market et Google, le Mobile World Congress apparaît désormais comme l'épicentre d'un mouvement en faveur de la Slow Tech, avec des répercussions positives pour nous tous.
« Aujourd'hui, les véritables avancées technologiques reposent de plus en plus sur les mises à jour logicielles (le software), désormais déployées via le cloud, plutôt que sur de réelles innovations matérielles (le hardware), » explique Joy. « Cette évolution remet en question la logique même de l'obsolescence programmée. C'est une excellente nouvelle pour la planète : cela nous permet de prolonger la durée de vie des appareils électroniques comme jamais auparavant, et de ralentir le flux de déchets électroniques. »

Une nouvelle ère
Annoncé la semaine dernière, le partenariat entre Back Market, la marketplace dédiée à la tech reconditionnée, et Google, prend la forme d’une nouvelle solution qui sera ouverte aux clients à partir du 30 mars.
Des clés USB Chrome OS Flex seront disponibles sur le site de Back Market à un prix accessible (3€ en Europe, 3£ au Royaume-Uni et 3$ aux États-Unis), mais aussi distribuées gratuitement à des associations qui en feront la demande via un formulaire en ligne.
Ces clés USB, une fois branchées à un ordinateur, permettent aux utilisateurs d'installer automatiquement Chrome OS Flex, le système d'exploitation cloud de Google, compatible avec de nombreux ordinateurs portables et de bureau. Ainsi, même si un appareil ne reçoit plus de mises à jour pour son système d'exploitation, quelques minutes suffiront pour prolonger facilement sa durée de vie.
Il fut un temps où l’idée qu’un géant de la Fast Tech comme Google puisse s'associer à Back Market, une marque promouvant la préservation et la remise en circulation d’anciens appareils, aurait semblé improbable, voire contre-intuitive. Pourtant, Alexander Kuscher, Directeur Produit chez Google, nous confirme que cette alliance prouve que le secteur de la tech est en pleine mutation. « Le marché des appareils reconditionnés [qui devrait dépasser les 272 milliards de dollars d'ici 2031] est en pleine expansion, ce qui témoigne d'une évolution majeure des comportements et des attentes des consommateurs », explique Alexander.

« Les utilisateurs exigent que leurs appareils bénéficient de mises à jour plus longtemps, ce qui redéfinit profondément la notion même « d’ancien ». On perçoit déjà ce changement, et Back Market en est l'incarnation. La mission de Back Market, qui consiste à donner accès à l’information et à redonner une seconde vie aux appareils existants, s’accorde parfaitement avec la vision d’avenir de Google. Cette solution sous forme de clés USB vise à offrir aux consommateurs un moyen concret de prolonger la durée de vie de leurs appareils. »
Mettre fin à un cercle vicieux
Déjà tourné vers l'avenir, Alexander Kuscher laisse entendre que ce partenariat pourrait continuer à se développer.
« Environ 380 millions d’appareils fonctionnant sous Windows 10 sont encore en circulation et risquent de devenir obsolètes avec la fin du support du système d’exploitation par Microsoft. J'aimerais que le plus grand nombre puisse recourir à Chrome OS Flex comme une véritable alternative. Je suis convaincu que de nombreuses autres catégories de produits électroniques grand public pourraient bénéficier de la collaboration entre Back Market et Google. »
C'est lors du Mobile World Congress, où ce partenariat a été annoncé, que Back Market a également illustré ce « cercle vicieux », en projetant en avant-première son nouveau documentaire Dandora : A Fast Tech Story.
Le film dépeint le quotidien des travailleurs dans la plus grande décharge de déchets électroniques du Kenya. On y voit comment ces travailleurs inhalent des substances toxiques, au risque de leur vie, pour récupérer les composants riches en minerais des appareils électroniques jetés — souvent prématurément — par les sociétés occidentales.

La journaliste scientifique Gaia Vince est intervenue à une table ronde (axée sur l’idée d'un monde post Fast Tech) lors de l’événement de lancement de Back Market et Google Mobile au Mobile World Congress. Elle espère que cette collaboration pourra servir de déclencheur, afin que les décharges de déchets électroniques, comme celle de Dandora au Kenya, se fassent plus rares et soient davantage perçues comme une « source de honte » pour la société internationale.
« J’estime que l'obsolescence programmée est un crime », affirme Gaia. « C'est un crime contre la société et un crime contre l'environnement, car nous en subissons tous les conséquences. »
Selon l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche, le monde a généré plus de 62 millions de tonnes de déchets électroniques en 2022. Un volume qui augmente cinq fois plus vite que la quantité officiellement collectée et recyclée. Chaque appareil, remplacé de manière prématurée, exerce une pression supplémentaire sur les décharges, les chaînes d’approvisionnement et les ressources stratégiques nécessaires à la fabrication de nouveaux appareils.
Une remise en question collective de la Fast Tech
« Depuis longtemps déjà, nous traversons une phase de surconsommation où les consommateurs se voient proposer sans cesse de nouvelles mises à jour et sont incités à désirer la dernière nouveauté », ajoute Gaia. « Mais avec ce type de partenariat entre Google et Back Market, on a l'impression d'assister à une remise en question collective de la situation. Même si les déchets électroniques ne représentent que 5 % du volume total des déchets mis en décharge à l'échelle mondiale, ils sont responsables de 70 % de leur toxicité. Il est donc crucial d'agir dès maintenant ! »
L'un des axes forts de ce partenariat réside dans la volonté de Google et de Back Market de fournir gratuitement ces clés USB Chrome OS Flex à des associations, qui, sans cela, continueraient à utiliser du matériel obsolète.
Selon Alexander Kuscher, ce type d’initiative peut atténuer le caractère élitiste de la Fast Tech, qui tend à pénaliser les personnes et les institutions incapables de renouveler régulièrement leur équipement technologique. Elles se retrouvent alors contraintes d’utiliser d’anciens systèmes d’exploitation qui ne sont plus adaptés. Désormais, le prix abordable de ces clés USB les rend accessibles à tous.

« Les utilisateurs doivent pouvoir accéder à des systèmes d’exploitation sécurisés, abordables et accessibles », ajoute-t-il. « C’est sans doute ce qui explique le succès des Chromebooks dans l’éducation : nous avons réussi à faire baisser les prix tout en garantissant une bonne expérience utilisateur. Mais Flex et Back Market vont encore plus loin, puisque ce partenariat pourrait bénéficier aux ONG et aux établissements scolaires. »
« Cela montre que les appareils ne sont plus conçus pour être rapidement remplacés. Grâce à notre collaboration avec Back Market, nous affirmons notre responsabilité envers les étudiants et les employés : celle de prolonger la durée de vie des appareils qu’ils utilisent pour travailler. »
Avec Google dans son camp, quelles sont maintenant les prochaines étapes pour Back Market ?
Pour Joy Howard, CMO de Back Market, les possibilités sont infinies. Elle souhaite désormais collaborer avec d'autres acteurs de la Fast Tech — qu'il s'agisse d'Apple ou de Samsung — pour les encourager à évoluer vers une société davantage tournée vers la technologie reconditionnée.
« Grâce au partenariat avec Google, nous voyons désormais Back Market comme une sorte de guérisseur », conclut Joy. « Et pour guérir quoi que ce soit, il faut d’abord reconnaître qu’il y a un problème, non ? Maintenant que Google a reconnu le problème, pourquoi ne pourrions‑nous pas amener les autres à en faire autant ? »
C’est là tout le rôle de Back Market : pousser les géants de la tech à faire mieux. Le partenariat avec Google n’est que le début d’un parcours de guérison à l’échelle mondiale.

