Un nouveau documentaire produit par Back Market vous emmène au Kenya, là où échouent nos appareils abandonnés. Car figurez-vous qu’une fois jetés chez nous, ces déchets peuvent devenir un véritable fardeau ailleurs dans le monde. On vous invite à le regarder, puis à découvrir le témoignage de Nina Quellier, responsable de l’activisme de marque chez Back Market. Elle raconte les coulisses de cette odyssée dérangeante, mais nécessaire.
En mars 2025, une petite équipe de Back Market débarque à Nairobi, qui abrite l'une des plus grandes décharges de déchets électroniques à ciel ouvert d'Afrique. Sa mission ? Voyez et comprenez comment fonctionne ce système. Le fruit de cette immersion ? Un documentaire intitulé « Dandora : A Fast Tech Story » (voir ci-dessus), diffusé cette semaine lors du Mobile World Congress à Barcelone. Retournez avec Nina dans le quartier de Dandora pour comprendre la genèse de cette vaste décharge à ciel ouvert.
Quand on arrive à la décharge, l’air est lourd et saturé d’une odeur âcre de plastique brûlé. Le sol disparaît sous une strate de résidus fondus et de cendres noires. Hommes, femmes et même enfants y travaillent sans relâche, sans masque, gants, ni aucune forme de protection. Environ 850 tonnes de déchets arrivent chaque jour à Dandora. Les appareils électroniques ne représentent qu’une petite partie de ce volume, mais ils sont particulièrement recherchés pour leurs composants : cartes mères, batteries, fils de cuivre… Des milliers de travailleurs non déclarés fouillent et récupèrent tout ce qui peut se revendre en brûlant les câbles pour en extraire le métal. On ne voit pas de montagnes de téléphones ou d’ordinateurs abandonnés à Dandora, et pour cause : les déchets électroniques circulent. Aussitôt arrivés, ils sont récupérés, démontés, puis brûlés pour en extraire tous les matériaux… et toute la valeur.
"Travaillant sans équipement de protection, tout en brûlant des câbles à l'air libre, les travailleurs ici risquent tous leur santé juste pour avoir de quoi vivre. "

La décharge de déchets électroniques de Dandora.
Seules des traces de déchets subsistent : les résidus toxiques d’un recyclage "sauvage" qui se déroule à ciel ouvert. Quand ils ne sont pas traités dans les règles, les déchets électroniques deviennent dangereux. Il faut savoir qu’un simple smartphone contient plus de 70 matières premières : plomb, mercure, cadmium, retardateurs de flamme… Quand ces appareils sont brûlés ou démontés à mains nues, ces substances volatiles contaminent l’air, les sols et l’eau.
Un problème de fond
Chaque année, le Kenya reçoit et gère 88 000 tonnes de déchets électroniques dans des conditions précaires, faute d’infrastructures adaptées. Des quantités importantes d’appareils arrivent de l’étranger, sous couvert d’électronique "d’occasion" ou de "dons" présentés comme solidaires. Officiellement, il ne s’agit pas de déchets, mais d’équipements en fin de vie. Une nuance qui soulage les consciences. Car dans un modèle fondé sur l’hypercroissance et l’hyperconsommation, où la technologie évolue à vitesse grand V, remplacer un appareil encore fonctionnel au bout de deux ans est devenu totalement banal et l’impact environnemental passe après. Pourtant, ces déchets électroniques n’ont rien d’inoffensif : mal gérés, ils deviennent toxiques pour l’environnement et mortels pour les personnes qui les manipulent sans protection, comme à Dandora.
Et tout ceci a lieu dans un contexte de production record de déchets : en 2022, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produits dans le monde, soit une hausse de 82 % par rapport à 2010. Seuls 22,3 % de ces déchets sont recyclés dans des filières sûres et conformes aux lois. Le reste est géré de manière assez anarchique dans des pays comme le Kenya, qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour un traitement sécurisé.

Il était fréquent de voir des composants électriques brûler en plein air.
Une menace pour la santé publique
Au Kenya, moins de 1 % des déchets électroniques passent par des filières officielles de recyclage, contre 22,3 % dans le monde. Le système repose surtout sur l’économie dite "informelle". Réparateurs, vendeurs de pièces détachées et habitants du quartier font vivre un circuit parallèle où l’on récupère, démonte, répare puis revend. Sur les marchés de la ville, ces appareils trouvent toujours preneur, surtout ceux venus des pays occidentaux. Car ici, le déchet se transforme en commodité.
Si ces recycleurs amateurs sont de véritables experts lorsqu’il s’agit de prolonger la durée de vie des appareils, leur activité pose un grave problème de santé publique, car ils manipulent des matériaux toxiques sans protection ni connaissance des risques à long terme.
"Les systèmes qui permettent l'existence d'endroits comme la décharge de Dandora — surproduction, commerce illégal déguisé en aide humanitaire, culture du perfectionnement inutile — nous concernent tous."
À cela s’ajoute le problème de la pollution de l’air. En effet, un smartphone, ce sont plus de 70 matières premières dont des métaux rares. En changer tous les deux ans n’a rien de rationnel… Quant au recyclage, il ne suffit pas à résoudre le problème des déchets électroniques. En fait, il faut repenser en profondeur notre manière de concevoir et d’utiliser la technologie, jusqu’au bout du cycle de vie des appareils et sans oublier ceux qui devront les gérer quand on choisira de s’en séparer.

Des fumées se dégagent de la combustion de déchets électroniques à Dandora, au Kenya.
La lutte contre le statu quo
Depuis 1992, la Convention de Bâle interdit l’exportation de déchets dangereux vers les pays en développement. Dans les faits, il est assez simple de contourner ce cadre juridique en déclarant les appareils comme réparables ou réutilisables. À Dandora, nous avons rencontré l’ONG Computers for Kids Kenya, dont la mission consiste à récupérer des ordinateurs destinés à l’origine aux écoles. Face à l’accumulation de matériel obsolète, l’organisation a imaginé un système de collecte qui a conduit à la création du WEEE Centre, aujourd’hui principal centre de recyclage officiel du pays. Cette initiative prouve que l’action locale a un impact.
Mais le changement radical, ce n’est pas pour aujourd'hui. Il faudrait un mouvement plus large qui reposerait sur le Droit à la réparation : si les appareils étaient conçus dès le départ pour être réparés, avec des pièces détachées, des outils et des instructions accessibles, les effets seraient rapidement visibles bien au-delà des frontières. Les équipements dureraient plus longtemps, et les réparateurs indépendants auraient accès aux ressources techniques qui leur manquent actuellement. Des réseaux de réparation structurés pourraient se développer localement. Les pratiques de recyclage dangereuses reculeraient, car les appareils seraient reconditionnés dans de meilleures conditions plutôt que brûlés à l’air libre.
"Les travailleurs de la décharge de Dandora nous ont fait preuve de résilience et d'ingéniosité, et ils ont démontré une profonde compréhension du fait que même si nous n'avons plus besoin d'un appareil, sa vie n'est pas terminée."

Les appareils électroniques occidentaux indésirables offrent des opportunités aux travailleurs kenyans.
Pour faire évoluer les pratiques, le Kenya a adopté une loi sur la Responsabilité Élargie des Producteurs. Elle vise à associer les fabricants à la gestion de la fin de vie de leurs produits. Des organisations comme le WEEE Centre établissent des passerelles entre acteurs formels et informels grâce à des formations et à la mise à disposition d’équipements de protection. Au-delà de l’enjeu environnemental, la réparation et la réutilisation élargissent l’accès à la technologie, soutiennent des revenus durables et créent des perspectives d’emploi pour des communautés éloignées des circuits officiels. Cette dynamique renforce la résilience économique et la dignité des personnes.
La longévité, un facteur essentiel de progrès
Par coïncidence, notre documentaire a été projeté au Mobile World Congress. Back Market a porté la vision d'un futur axé sur la durabilité, au cœur d'un salon qui incarne la course à l'innovation, à la consommation et à la culture du jetable de la Fast Tech. Hasard du calendrier, notre documentaire est sorti en plein CES à Las Vegas. Back Market y a porté la vision d’un avenir axé sur la durabilité, au cœur d’un salon qui incarne la course à l’innovation, à la consommation et au jetable. Notre vision est que si les fabricants conçoivent des appareils solides et réparables, et si les consommateurs choisissent de réparer plutôt que de remplacer, la dynamique de l’économie circulaire pourra s’étendre dans le monde pour former un cercle vertueux. Les progrès du Droit à la réparation aux États-Unis et en Europe produisent déjà des effets planétaires : recul des décharges toxiques, meilleur accès à la technologie dans les pays en développement, création d'emplois dans la réparation plutôt que dans le recyclage informel, et récupération de matériaux précieux en toute sécurité.

Vue typique du site d'enfouissement de Dandora.
Chez Back Market, on appelle ça la slow tech, par opposition à la fast tech. L’innovation se mesure à la qualité du produit et à sa capacité à traverser le temps, non à la rapidité avec laquelle on le remplace. En cela, les ouvriers de Dandora nous impressionnent par la force et la résilience dont ils font preuve pour prolonger la vie d’appareils qu’on juge périmés en Occident. Impossible de ne pas s’incliner devant une telle dignité face à des conditions de travail épouvantables.
Bien sûr, tous les téléphones jetés en Occident ne finissent pas dans cette décharge kényane. Mais les systèmes qui rendent cela possible ont pris racine chez nous : surproduction, obsolescence programmée, commerce illégal masqué en générosité humanitaire, culte du renouvellement… À travers ce documentaire, on espère faire évoluer les mentalités et à propager des pratiques plus durables.

Un grand merci au Centre DEEE et à toutes les communautés du Kenya qui ont partagé leurs témoignages avec nous. Vous pouvez visionner Dandora : Une histoire de technologie rapide ici.

