Historiquement marqué par une forte présence masculine, le mouvement pour le droit à la réparation accueille aujourd’hui de plus en plus de femmes engagées qui font bouger les lignes.
Saviez-vous que les cafés de réparation ont été inventés par une ex-journaliste néerlandaise, Martine Postma ? Bien qu’une femme soit à l’origine du mouvement, pendant longtemps, la parité n’était pas vraiment au rendez-vous de ces ateliers de bidouillage. Heureusement, les choses évoluent : un public de plus en plus féminin fréquente les repair cafés pour encourager la réparation des appareils électroniques plutôt que leur renouvellement systématique.
Aujourd’hui, plusieurs femmes occupent une place centrale dans l’univers de la réparation. Qu’elles créent, bricolent ou militent, leur engagement contribue largement au succès actuel du mouvement : d’après le dernier recensement, on dénombre près de 3 800 repair cafés à travers le monde. Dans l’Union européenne, le droit à la réparation est de plus en plus encouragé, et la France fait figure de pionnière avec l’instauration de lois visant à lutter contre l’obsolescence programmée et la mise en place d’un bonus à la réparation. Un impact concret, qui permet de réduire les déchets électroniques, de limiter les émissions de carbone et de freiner la surconsommation au profit de l’intérêt collectif.
Pour mieux comprendre ce qui motive les femmes qui font avancer le droit à la réparation, Back Market est allé à la rencontre de six pionnières engagées dans la diffusion de ce mouvement.
Marcella Di Palo, animatrice du réseau Repair Cafe Northern Ireland (Irlande du Nord):

Qu’est-ce qui guide ton action au quotidien ?
"Notre objectif est de faire évoluer les comportements. Pour captiver le public, il faut rendre la réparation ludique et créative : c’est l’un des meilleurs leviers pour changer les mentalités. C’est pourquoi nous développons des programmes artistiques et des ateliers pédagogiques à destination des jeunes, qui sont toujours curieux et désireux d’apprendre."
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?
"Il m’arrive de déprimer à cause de l’actu. Travailler dans les cafés me redonne le sourire : quand je répare un objet, j’ai l’impression d’œuvrer pour le bien commun. Par exemple, récemment, quelqu’un nous a apporté un fauteuil roulant électrique à réparer. L’un de nos bénévoles a réussi à le remettre en état, mais c’est plus tard qu’on a eu la plus belle des surprises sur Facebook : en fait, ce fauteuil appartenait à une dame qui n’avait pas les moyens de s’en procurer un. Grâce au repair café, elle a retrouvé son autonomie. Il y a tellement d’histoires comme celle-ci, et chacune nous prouve à quel point la réparation peut changer la vie des gens."
Phoebe Brown, directrice du Repair Café Wales (Pays de Galles):
Comment t’es-tu lancée dans la réparation des appareils électroniques ?
"Tout a commencé à mes 20 ans, quand je suis tombé sur une annonce pour un repair café qui cherchait des étudiants bénévoles. Je ne connaissais rien à la réparation, mais le concept m’a tout de suite plu et je m’y suis mise à fond.
Aujourd’hui, je dirige l’association. Ça m’offre une place de choix pour apprécier l’impact réel de ces initiatives, comme cette famille qui a économisé 200 £ pour Noël en réparant un aspirateur Dyson, ou cette maman quia fait réparer l’ordinateur qu’elle utilisait pour aider son fils à faire ses devoirs."
Qu'est-ce qui te plaît le plus dans les repair cafés ?
"Ces cafés offrent une alternative réconfortante à la morosité ambiante : on arrive avec un objet en panne, on repart avec un appareil qui marche. Et en prime, on passe un bon moment autour d’un goûter. Pour beaucoup de gens, c’est un vrai bol d’air frais en 2025."
Florine Paquay, chef de projet au Repair Together Liège (Belgique):

Qui fréquente les repair cafés, typiquement ? Et pour quelles raisons ?
"Les gens viennent pour plein de raisons différentes. Sociales, environnementales… mais ce qui met tout le monde d’accord, c’est que la vie coûte de plus en plus cher et que nos cafés restent abordables. Et surtout, on y partage de bons moments. Récemment, par exemple, on a réparé la machine à coudre d’une dame âgée. Ce sont des gestes simples, mais qui font du bien, surtout dans une période où l’actualité est plutôt morose."
Jane Owens, coordinatrice du réseau "Share & Repair", Circular Communities Scotland (Écosse):

Qu’est-ce qui t’a amenée à travailler dans l’économie circulaire ?
"Je suis très sensible à la matière du fait de ma formation artistique. C’est un peu cliché de dire que rien ne se perd et que tout se recycle, mais quand on évolue dans cet univers, on prend vraiment conscience de la valeur des choses. Ça, ça vous marque durablement."
Qu’est qui te plaît le plus dans ton rôle de réparatrice ?
"Parmi toutes les choses qui me motivent dans ce métier, j’adore discuter avec les bénévoles et voir comment ils relèvent des défis de réparation de A à Z en collaborant pour trouver des solutions."
Melina Scioli, co-fondatrice du Club de Reparadores, Buenos Aires (Argentine):
Le Club de Reparadores aura 10 ans cette année. Comment allez-vous fêter ça ?
"On organise un concours des plus belles réparations , où chacun peut présenter ses réussites et tenter de remporter des prix. L’idée est d’inciter les jeunes du coin à réfléchir à l’importance de réparer, surtout en voyant d’autres personnes le faire."
On dirait qu’il y a des hauts et des bas dans ce métier. As-tu des anecdotes à nous raconter ?
"On a du mal à se faire financer, car il est difficile de mesurer l’impact réel des ateliers de réparation en termes économiques. Le vrai bénéfice est humain. Je me souviens d’un monsieur qui avait apporté un four électrique, persuadé que nous ne pourrions pas le réparer. Mais l’un de nos techniciens a réussi, En guise de remerciement, le client est allé acheter plein de viennoiseries, qu’on a ensuite partagées. Ces petits moments de bonheur n’ont pas de prix."
Fiona Dear, co-directrice de The Restart Project:

Quand on achète neuf au lieu de réparer, qu’est-ce qu’on oublie ?
"Fabriquer un ordinateur portable ou un smartphone mobilise énormément de ressources. Si on ne les fait pas durer, tout cela finit à la poubelle. Notre mission est de rendre la réparation aussi naturelle que le remplacement : simple, abordable et gratifiante. Les gens disent ne pas être contre la réparation, mais ils ont besoin qu’on leur facilite la tâche."
Comment restes-tu motivée lors des périodes plus difficiles ?
"Le secret de la longévité dans ce domaine, c’est de travailler pour une organisation qui a un impact global et pas seulement individuel. C’est formidable de faire partie du mouvement du droit à la réparation à l’échelle mondiale, car on a l’impression d’apporter notre pierre à l’édifice, à notre niveau."











